
Description de l'événement
L’épidémie du VIH/sida est un événement structurant des dernières décennies, au croisement des politiques de santé publique et de la visibilité médiatique. Elle a aussi été un laboratoire théorique majeur pour les études queers. Pourtant, l’épidémie entretient aujourd’hui un rapport ambivalent à la mémoire : à la fois présente et menacée d’effacement, institutionnalisée mais politiquement neutralisée.
Ce symposium propose de réfléchir sur la dimension spatiale de l’épidémie et de ses mémoires. La biopolitique s’inscrit dans des espaces bien concrets : hôpitaux, maisons de fin de vie, logements communautaires, bars, saunas, parcs, rues et appartements privés. L’espace devient un agent actif de subjectivation et de résistance. Les géographies queers ont montré comment les minorités sexuelles ont resignifié des fragments urbains en territoires de sociabilité, de désir et de solidarité. L’épidémie a changé ces spatialités : certains lieux sont devenus des espaces de soin ou de mobilisation, d’autres des sites de deuil, d’autres encore ont disparu sous l’effet de la mortalité massive et de la gentrification.
À Montréal et ailleurs, les changements urbains et l’institutionnalisation des lieux de mémoire interrogent la tension entre mémoire communautaire et patrimonialisation. L’archive queer constitue une pratique politique face à l’effacement. Les Archives gaies du Québec participent à cette production d’une contre-histoire. Cependant, la visibilité accrue des luttes LGBTQ2S+ peut invisibiliser l’expérience d’autres groupes marginalisés.
Ce symposium interroge les conditions matérielles, épistémologiques et curatoriales de cette transmission, en dialogue avec d’autres luttes marginalisées. Exposer les mémoires du VIH/sida implique de négocier des tensions entre spectacularisation et pudeur, récit intime et analyse structurelle, institutionnalisation et radicalité. Comment rendre visibles les dimensions intersectionnelles — raciales, genrées, migratoires, classistes — souvent marginalisées ? Revisiter les spatialités du VIH/sida ouvre une réflexion sur la gestion politique des crises, la vulnérabilité et la justice spatiale.
Organisé en parallèle de l’exposition Deuil actif Le militantisme esthétique d’ACT UP Montréal, ce symposium bilingue est présenté au MEM – Centre des mémoires montréalaises, avec le soutien du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et du Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle.